Kiwi

Publié le par Obiezian

KIWI  

 

Presque tous les enfants ont  un ami imaginaire. Le petit Nicolas en faisait partie, cet ami qu’il s’était inventé s’appelait Kiwi. Il était apparu le 18 septembre, jour de son huitième anniversaire ; il annonça à ses parents qu’il avait un nouveau copain, mais que c’était un secret. C’est ce que Kiwi lui avait dit : il ne devait jamais révéler à quiconque son existence. Bien évidemment, il était invisible aux yeux de tout le monde, sauf du petit garçon. Il a donc fallu à partir de ce jour-là mettre une assiette de plus à table, lui laisser une place sur le canapé et lui souhaiter bonne nuit quand Nicolas allait se coucher.

 

  Les Gamblin, parents du jeune garçon, ne s’étaient pas inquiétés de l’apparition de ce nouveau compagnon, sachant pertinemment que c’était là la preuve de l’imagination et de l’esprit de créativité de leur fils unique. Ils se prêtaient donc bien volontiers au jeu et s’étaient imposé assez rapidement de prendre en compte dans la vie de la maison la présence invisible du nouveau venu. Même s’il mangeait très peu, Kiwi avait son assiette remplie à tous les repas, il participait à toutes les réunions de famille, il partait en week-end ou en vacances avec eux, et il avait même eu droit à un petit oreiller pour qu’il puisse dormir aussi confortablement que l’enfant.

 

 Nicolas avait passé des heures au début à expliquer à Kiwi les règles qui étaient en vigueur à la maison, afin que son ami n’ait pas de remontrances des parents en faisant une chose interdite. Ainsi, Kiwi savait désormais qu’il ne devait pas se servir seul dans les placards, qu’il devait se laver les mains avant chaque repas, qu’il devait se laver les dents après avoir mangé, qu’il devait dire « s’il te plait » quand il demandait quelque chose, et « merci » après l’avoir obtenue. Le petit garçon donnait l’exemple à son petit camarade, et ses parents appréciaient les efforts consentis par leur enfant et se félicitaient de l’arrivée du nouveau et du bienfait que cela avait sur le comportement de Nicolas. En effet, celui-ci avait passé en revue toutes les règles de bonne éducation et de comportement que lui avaient imposées très tôt ses parents, et il les avait expliquées en détail à son compagnon, lui disant que c’était sale de ramasser ce qui traînait par terre, qu’il ne fallait pas toucher aux casseroles et autres poêles qui cuisaient sur la gazinière car c’était dangereux, qu’il ne fallait pas parler en même temps que papa et que surtout, il fallait demander l’autorisation avant de quitter la table à la fin du repas.

 

 Kiwi était devenu un membre à part entière de la famille, et les parents se surprenaient à l’interpeller même en l’absence de leur fils. Cela provoquait dans l’intimité de nombreux fous rires ou des clins d’œil complices devant le petit garçon, mais jamais ils n’avaient rien fait pour décourager l’enfant ou pour essayer de le raisonner. Au contraire, ils conservaient leur plus grand sérieux devant lui, allant même jusqu’à le prendre pour exemple quand Kiwi avait fait une bêtise :

-         Tu devrais suivre l’exemple de Nicolas, lui, il s’est lavé les mains et il a rangé sa chambre avant de venir manger. 

 

Les Gamblin avaient quand même demandé conseil à des spécialistes, notamment un pédopsychiatre, qui les avait rassurés sur le phénomène, en leur expliquant que les enfants avaient besoin de cet ami imaginaire pour exprimer leurs doutes et pour extérioriser le rapport à l’autorité. Ces différentes explications se retrouvaient tout à fait dans le comportement de leur enfant avec Kiwi.

           

Le nom même de cet être intangible les faisait rire : ce n’était pas Nounours, Doudou, Teddy ou tout autre nom que donnaient habituellement les enfants, mais un nom de fruit, que Nicolas avait du goûter une seule fois, et qui ne lui avait pas laissé de souvenir impérissable : Kiwi…

Les parents s’imaginaient une sorte de petite peluche en forme de ce fruit, avec une petite bouche et des petites jambes, tentant de suivre maladroitement leur fils dans tous ses déplacements et ils se faisaient des blagues disant ici et là que Kiwi n’avait pas mangé, qu’il avait été assez turbulent aujourd’hui, mais sans jamais montrer devant leur enfant qu’ils savaient que l’être invisible n’était qu’une création de son esprit.

 

Cela faisait dix mois que Kiwi partageait ainsi leur vie à tous trois et l’enfant s’épanouissait extrêmement bien et semblait mûrir à une vitesse incroyable. Il ne criait jamais, et quand il ne jouait pas avec les petits voisins, il passait d’interminables heures dans sa chambre avec son compagnon, lui apprenant à lire, à compter et lui racontant toutes sortes de mésaventures qui lui étaient arrivées pendant la journée. Car il s’agissait bien de cela : Nicolas était un petit garçon renfermé et timide et il ne se confiait pratiquement jamais à ses parents pour les évènements graves ou importants qui lui étaient arrivés, alors ils avaient vu d’un très bon œil l’apparition du camarade imaginaire, qui était devenu son confident.

 

 

La famille vivait dans le bonheur et la stabilité, renforcés par la sérénité dans laquelle baignait l’enfant grâce à son compagnon. C’était à présent le mois de juin, les premiers jours de canicule dans cette partie de la France, qui voyaient arriver les premières hordes de touristes hollandais, belges et allemands, et les routes commençaient à être engorgées par le trafic.

 

Chez les Gamblin, tout semblait pourtant très calme, à l’inverse de l’effervescence qui régnait en direction de la côte, et les parents, Christophe et Bérengère, se tenaient au frais à l’intérieur, regardant par la fenêtre leur gazon commencer à prendre une teinte jaunâtre, prémisse de la sècheresse. Il se félicitaient chaque année à cette période d’avoir investi dans une climatisation, et se laissaient bercer par le ronronnement de l’installation, tandis que leur fils jouait encore et toujours dans sa chambre avec Kiwi. Rien ne semblait devoir troubler ce tableau idyllique. Pourtant, pour la première fois depuis des mois, Nicolas ne jouait plus en silence dans la pièce du fond, qu’ils avaient entièrement décorée il y avait quelques semaines, sous les suppliques du petit garçon, qui prétendait qu’il n’avait plus l’âge de vivre dans une chambre de bébé, en montrant au mur les images des Barbapapa dans toutes leurs formes et couleurs qui fleurissaient la tapisserie, et qui voulait avoir un mur de grand, avec des posters des derniers jeux à la mode, comme Yugi yo ou autres…

 

 

Pour la première fois, Nicolas criait, de rage, contre son copain. Les parents eurent un petit sourire complice, pensant qu’intervenait la première dispute entre les deux amis, et se disant que leur fils apprenait les difficiles relations amicales entre individus ; pourtant, en tendant l’oreille, ils furent intrigués, en effet ce n’était pas une simple dispute, mais la voix du petit garçon s’était muée en hurlement mêlant colère et peur et il ne cessait de rappeler Kiwi à l’ordre. Peu habitués à le voir agir de la sorte, surtout à l’égard de son fruit invisible, les parents s’avancèrent en silence en direction de la chambre, pour écouter les raisons qui poussaient l’enfant à crier ainsi. Se tenant debout silencieusement devant la porte fermée de la chambre, ils tendirent l’oreille.

-         Tu ne me fais pas peur !!

-         Non tu ne me fais pas peur, et si je veux, je peux t’enfermer dans le placard.

-         Tu n’as pas le droit de dire ça.

-         Je vais aller tout dire à Papa et Maman et ils me défendront.

 

Chaque phrase de l’enfant était suivie d’un moment de silence comme si Kiwi lui répondait, le narguait et cela ne faisait qu’aggraver sa fureur.

-         Mon Papa est plus fort que toi et il peut te tuer s’il le veut !

 

Cette dernière phrase fit l’effet d’une bombe dans la tête de Christophe. Il entra en trombe dans la chambre et vit son fils debout au milieu de la pièce, face à son pouf en toile vert pomme, les poings serrés, les larmes coulant sur son visage. On pouvait lire dans ses yeux une haine folle et une peur quasiment tout aussi grande.

-         Et bien, et bien, personne ne va tuer personne aujourd’hui. Qu’est ce qui se passe ? les amis se disputent ?

-         Papa, dis-lui que tu es plus fort que lui, hein ?

-         Bien sûr mon chéri, mais il le sait, lui que je suis plus fort, pas vrai Kiwi ?

Le père se tourna vers le pouf vide, endroit où était sensé se trouver l’invisible, fit les gros yeux, puis se tourna vers son fils avec un grand sourire, pour le calmer, mais ce dernier fut secoué d’une rage folle et continua de plus belle :

-         Ne te laisse pas avoir Papa, c’est un menteur, un menteur et un méchant. Il veut me faire très mal si je ne fais pas ce qu’il me demande.

-         Mais non Nicolas, il ne veut pas te faire de mal, c’est ton copain…

-         Si, il l’a dit, il veut me mordre à la gorge.

Le père fut interloqué par ce détail, mais continua à montrer à son fils un visage souriant, pensant que cela le calmerait un peu, mais il n’en fut rien.

-         Même qu’il a dit qu’il le ferait la nuit quand je dors…

L’adulte se tourna une nouvelle fois vers l’endroit où était sensé se tenir la peluche, prit à nouveau un air méchant et dit :

-         Ce n’est pas gentil ce que tu viens de dire, et si tu recommences, je serai obligé de te punir. Maintenant, tu vas rester dans la chambre et je vais emmener Nicolas à la salle à manger, voilà !

Avant que le petit garçon ait eu le temps de parler, son père le prit dans ses bras, le fit sortir de la chambre, ferma la porte, l’emmena jusque dans la grande salle qui se trouvait au centre de la maison, et le posa sur le canapé. Il aperçut furtivement le regard affolé de sa femme qui semblait ne rien comprendre à la situation, lui lança un regard rassurant et s’assit en face de son fils.

-         Alors, dis moi, vous vous êtes disputés ? Je croyais que vous étiez les meilleurs amis du monde.

-         Kiwi a beaucoup changé, il est devenu méchant, il ne veut plus jouer avec moi, et il veut m’interdire de sortir !

-         Et bien, ce n’est pas gentil de sa part, mais tu sais, il est peut être jaloux que tu puisses sortir et pas lui…

-         Mais il sort lui aussi, toutes les nuits, il va manger dehors.

-         Et qu’est ce qu’il mange de meilleur qu’à la maison ?

-         Il m’a dit qu’il mangeait les chats et les petits oiseaux qui tombent de leur nid.

-         Mais non, il a dit ça pour se moquer de toi, Kiwi ne ferait jamais ça.

-         Si, et même qu’une nuit il m’a rapporté un petit oiseau pour que je le mange aussi, mais comme je n’en ai pas voulu, il m’a traité de trouillard et il est ressorti le manger tout seul.

-         Mais mon chéri, Kiwi n’est qu’une petite peluche, il n’a pas de dents.

-         Non c’est pas une peluche. Il a plein de petites dents pointues et des yeux rouges tout brillants. Moi, il me fait peur.

 

Sentant que sa femme était au bord de la crise de nerfs, Christophe mit fin à la discussion en disant qu’il irait parler à Kiwi pour qu’il arrête de l’embêter, que tout allait bien se passer et qu’il ne fallait pas s’inquiéter plus que cela. Le petit garçon se leva, sécha ses larmes et repartit dans sa chambre. Le père tendit l’oreille pour savoir si les cris recommençaient, mais comme tout restait calme, il s’assit à la place qu’occupait son fils auparavant, et fit signe à sa femme de venir le rejoindre.

 

 

            Elle était vraiment toute retournée de ce qui venait de se passer et l’image d’un petit Kiwi en peluche tout souriant venait de s’effacer de son esprit et un monstre sanguinaire avec une bouche pleine de dents acérées avait pris sa place.

C’est lui qui prit la parole le premier :

-         Je sais ce que tu penses, mais ne t’inquiète pas, il est à un cap, je pense que bientôt Kiwi va disparaître et Nicolas n’aura plus de petit ami invisible. Il est devenu grand et n’a plus besoin de ça.

-         Mais s’il dit la vérité, si Kiwi lui veut du mal.

-         Mais enfin tu entends ce que tu dis ? Tu parles de quelque chose qui n’existe pas ! Imaginaire… tu connais ce mot ?

-         Je ne sais pas, Nicolas n’a jamais eu l’air aussi paniqué… et tous ces détails…

-         Il a du les lire quelque part ou voir des images effrayantes, c’est tout, ou alors c’est un cauchemar qu’il aura fait il y quelques nuits…

-         Mais il a l’air d’y croire si fort…

-         Cela fait presque un an qu’on le conforte dans son idée que son ami invisible existe…

-         Mais que fais-tu des plumes ?

-         Quelles plumes ?

-         Je croyais que c’était des plumes qui avaient volé jusque dans sa chambre pendant que j’aérais…

-         De quoi tu parles, quelles plumes ?

-         Cela fait deux semaines, je trouve régulièrement des petites plumes dans la chambre, au pied du lit de Nicolas… et hier, celles que j’ai trouvées étaient pleines de sang séché.

-         Voilà, c’est de là que viennent ses cauchemars, il a du voir un petit oiseau se faire prendre par un prédateur, et c’est son moyen à lui d’affronter la première vision de la mort qu’il rencontre.

-         Tu crois ?

-         Mais oui, et puis si ça peut te rassurer, j’irai parler à Kiwi… ou alors il faut dire à Nicolas que son ami est vraiment imaginaire, et lui expliquer ce qu’est la mort…

-         Fais comme tu voudras, mais je ne veux plus voir cet air affolé dans le regard de mon enfant…

-         … qui est aussi le mien par la même occasion.

-         Pardon…

-         Ce n’est pas grave, ça t’a secouée, mais rassure-toi, il n’y a pas lieu d’être inquiet.

 

Le repas du soir se passa dans le silence, et Nicolas regarda la chaise vide de Kiwi pendant de longues minutes, avant de dire :

-         Il ne viendra pas manger, il est parti tuer des oiseaux.

-         Ne dis pas ça, il doit être désolé de ce qu’il a dit, et il est resté dans la chambre.

-         Non maman, il m’a dit qu’il partait se calmer en chassant des petits oiseaux blessés. Kiwi, il est devenu méchant.

 

Le petit garçon partit se coucher sans rouspéter, et ses parents se mirent au lit peu de temps après lui, non sans avoir vérifié que les vitres étaient bien fermées.

Quelques jours se passèrent sans aucun nouveau problème, Kiwi et Nicolas jouaient toujours ensemble, mais l’enfant grognait de plus en plus au moment d’aller dormir. Ses parents mirent ça sur le compte de la chaleur et de la clarté qui régnaient dans la chambre, ayant déjà oublié l’incident précédent.

  

Cela faisait dix minutes que les parents étaient réveillés, et ils s’étonnèrent qu’aucun son ne vienne de la chambre de leur fils, car il était huit heures du matin et d’habitude à cette heure-là il était déjà à sauter sur leur lit. Après cinq minutes de questionnement de la mère, Christophe finit par céder et se dirigea vers la chambre de Nicolas pour voir ce qui l’occupait autant. En ouvrant la porte, il vit que le lit n’était même pas défait et après avoir parcouru rapidement la pièce des yeux, il dut se rendre à l’évidence, son fils n’y était pas. Pris d’une panique soudaine, il se mit à l’appeler en criant, ce qui fit aussitôt accourir sa femme. Après de longues secondes à hurler le prénom de l’enfant, il fit silence. C’est à peine s’il entendit les sanglots qui venaient du placard, il se rua vers le fond de la pièce, ouvrit brutalement la porte et aperçut, la tête enfouie dans l’oreiller, son fils prostré dans le lieu confiné. Il geignait sans cesse, n’osant même pas voir qui avait pu découvrir sa cachette. Son père le souleva du sol, ce qui lui arracha un hurlement et il eut toutes les peines du monde à calmer le corps frêle secoué de spasmes.

-         Dis moi ce qu’il s’est passé ? Depuis quand es-tu là dedans ? qu’est-ce qui t’arrive ?

-         Kiwi …

-         Quoi Kiwi ?

-         Il a voulu me manger hier soir !

-         Ne dis pas de bêtises, Kiwi n’existe pas. Tu l’as inventé, tu m’entends ? il n’est pas réel.

-         Si, il est vrai…

 

Le garçon finit par relever la tête et montra à son père un visage blafard, surmonté de deux yeux emplis de terreur, implorant une parole salvatrice. Christophe se sentit dépourvu face à son fils et après une courte discussion avec Bérengère, décida qu’il fallait que son fils aille voir un spécialiste pour qu’une bonne fois pour toutes les craintes provoquées par ce copain imaginaire s’évanouissent. 

 

Le rendez-vous fut pris trois jours plus tard, période pendant laquelle Nicolas alla de hurlements en cauchemars et de crises de nerfs en peurs paniques. Pendant tout le trajet en voiture en direction du cabinet du pédopsychiatre, les parents expliquèrent calmement à l’enfant qu’ils allaient voir un monsieur qui l’aiderait à faire partir Kiwi et que bientôt tout serait comme avant, mais ils sentaient bien que le discours valait tout autant pour eux que pour le garçon.

Le psychiatre, un homme d’une quarantaine d’années, les cheveux grisonnants et le regard doux, leur demanda de patienter dans la salle d’attente pendant qu’il s’entretenait avec Nicolas. Ce dernier ne fut pas impressionné par la haute stature du « Monsieur » et le suivit calmement non sans avoir fait un petit signe de la main à ses parents.

            Les Gamblin attendirent près de deux heures, se rassurant à voix basse par phrases courtes et furent tout heureux de voir ressortir leur fiston le visage traversé d’un grand sourire. Il alla jouer au fond de la salle d’attente, dans un endroit réservé aux enfants, faisant rouler de petites voitures sans âge et mimant une course folle entre un vieux tracteur et un avion à réaction. Les parents entrèrent inquiets dans le cabinet du spécialiste, se préparant à entendre que Nicolas était envoûté, qu’il faudrait faire appel à un Chaman pour le libérer du sort qu’un terrible sorcier lui avait jeté. A la place de cela, ils écoutèrent attentivement les explications assez simplistes du docteur, apparemment habitué à avoir en face de lui des parents prêts à entendre n’importe quoi pour être rassurés.

 

 

Il leur expliqua que leur enfant allait bien, que ces démonstrations de peur annonçaient la disparition imminente de l’ami imaginaire dont il n’avait plus besoin, que l’expression d’une terreur si forte prouvait qu’il allait bientôt atteindre une certaine maturité et que tous ces signes allaient disparaître comme ils étaient venus. Ils quittèrent le bâtiment calmés, persuadés que la visite avait eu un effet bénéfique sur le petit et pensaient qu’enfin les cris nocturnes allaient cesser, et que la vie allait reprendre un cours normal. Aussitôt montés dans la voiture, Nicolas poussa un long soupir et leur dit :

-         Le Monsieur ne m’a pas cru, il ne peut pas m’aider, Kiwi va continuer comme ça jusqu’à la fin…

-         Mais non, c’est bientôt fini, Kiwi ne t’embêtera plus, je te le promets.

-         Non il n’arrêtera jamais, je le sais.

 

Il s’enferma dans le silence et laissa vagabonder son regard par la vitre sur les paysages citadins qui défilaient, sachant que dès le retour à la maison ça allait continuer, jusqu’à ce que Kiwi finisse par le manger et ni Papa, ni Maman, ni le Monsieur, personne n’y pouvait rien.

 

 

Dans les semaines qui suivirent, les habitudes de la maison changèrent ; Kiwi n’avait plus son assiette à table, son oreiller avait été jeté, il n’était plus fait mention de lui en présence du jeune garçon, les parents pensaient ainsi que l’être imaginaire disparaîtrait de lui-même. Le comportement de Nicolas leur prouva le contraire… Il ne se nourrissait pratiquement plus, et même s’il ne parlait plus de son « ami », ses parents entendaient toujours les sanglots la nuit, entendaient la porte du placard claquer quand leur fils s’y enfermait, et entendaient parfois des bruits étranges à la fenêtre de sa chambre, mais aucun signe ni aucun mot concernant Kiwi.

 

            C’était le début du mois de septembre, et les préparatifs pour le neuvième anniversaire de Nicolas allaient bon train, il avait un peu repris des couleurs, ses nuits semblaient mieux se passer et ses parents étaient persuadés que l’être invisible avait définitivement quitté leur domicile. Le garçon faisait bien quelques cauchemars de temps en temps, mais il semblait se calmer assez vite. Les journées passaient paisiblement, c’était déjà le 16 du mois de septembre, à deux jours de sa fête. Les parents se levèrent tôt, il était à peine six heures du matin, et en sortant dans le couloir, Christophe fut surpris par le froid qui y régnait, il se dirigea vers le fond de leur maison, là où dormait leur petit, et se rendit compte que le froid venait de sa chambre, en poussant la porte, il vit que la fenêtre était ouverte, en dessous, un oiseau gisait, la gorge ouverte, du sang et des plumes recouvraient la couverture du lit, et au-dessus des draps, Nicolas était allongé, les yeux grand ouverts, le visage déjà bleu. Le père n’eut pas besoin de s’approcher du corps de son fils pour comprendre que toute vie l’avait quitté. Les yeux ne laissaient aucun doute sur la cause de la mort du garçon : il avait succombé à une crise cardiaque provoquée par une terreur sans limite.

            Il s’effondra à genoux et se mis à pleurer en silence…


Presque tous les enfants ont  un ami imaginaire. Le petit Grégory en faisait partie, cet ami qu’il s’était inventé s’appelait Kiwi. Il était apparu le 15 novembre, jour de son huitième anniversaire, il annonça à ses parents qu’il avait un nouveau copain, mais que c’était un secret. C’est ce que Kiwi lui avait dit, qu’il ne devait jamais révéler à quiconque son existence…

 

 

 

            Mais moi, je sais que son ami imaginaire existe bel et bien, qu’il n’est pas cette petite peluche que tout le monde croit…

            Je le sais, car Kiwi c’est moi, et ce ne sont pas les 14 petits garçons qui m’ont eu comme ami qui diront le contraire… Surtout là où ils sont…

 

 

 

 

 

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titgoutdeplume 19/07/2008 16:33

J'adoooore tout ce que tu ecris ! continue !! biz

panchovillaolé 08/03/2007 21:25

je déplore l'absence de lien sur le blog vers un marchand de cordes; ça m'aurait été bien utile après avoir lu ce texte magnifique qui donne envie de respirer la vie à pleins poumons. Dans le même style les liens suivants auraient été appréciés par bon nombre de lecteurs:
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