Gospel Fever

Publié le par Obiezian

Ah le gospel, le négro spiritual, ces voix rauques, suaves, ces corps se balançant en rythme, ces corps noirs, unis en un même espoir, en une même foi…
 
Catherine était la plus jolie fille que j’aie jamais rencontrée. Sa peau d’ébène, son large sourire, tout en elle me faisait sentir, ressentir, cette passion pour la musique, pour Dieu, ce subtil mélange d’étrangeté et de ferveur. Amoureux comme je l’étais, je me dis que je ne pouvais que participer à l’élan collectif et je me mis en quête d’une place dans une chorale Gospel, pour voir si chanter, scander un Alleluia ou un « Mamy blues » me ferait comprendre l’esprit commun qui réunissaient ceux de sa communauté.
Je visitai plusieurs églises, la réponse était sensiblement la même : « Trop blanc, mon fils ». Pourtant j’étais animé d’une volonté qui dépassait la couleur de la peau : « Je VEUX chanter du Gospel ».
 
Enfin, en ce jour de mai, un pasteur me donna ma chance. La couleur de la peau, la texture de la voix, le regard perdu, rien en moi ne le découragea. Il considéra que la ferveur que je lui démontrai suffisait à le pousser à me donner ma chance.
 
Il se tenait là, à côté du piano devant lequel était assise une femme, la « black mama » dans toute sa splendeur, le sourire carnassier, les hanches larges, et le regard curieux, de ce que le petit blanc pourrait donner sur un air de Ella Fitzgerald…
 
Elle amorça un des airs les plus connus, de ceux que j’avais révisés pour l’occasion, quelques notes du bien connu Amazing grace, le fameux air des esclaves noirs, morts sous le joug de leurs négriers, sur des bateaux s’éloignant inexorablement des cotes africaines, emportant dans leurs cales tout le désespoir, la peur et la rancœur de ce peuple sacrifié sur l’autel de la grandeur blanche de notre vieille Europe.
 
Bref, nous nous éloignons de notre spirituel sujet…
 
Les premières notes de cet air bien connu arrivèrent à mes oreilles, et je sentis, dès les premiers instants, un sentiment supérieur envahir mon corps. Je n’écoutais plus la musique, je la sentais, je ne ressentais plus ce désespoir, il m’habitait. Et dans ce silence assourdissant de cette vieille église, je me mis à entonner cette complainte, non avec mon cœur, mais avec l’âme des Noirs qui avaient maintes fois avant moi, fait pleurer leurs esprits sur ces quelques mots… « amazing grace, oh sweet, the sound… »
 
Je n’étais plus un simple Homme blanc devant un piano, j’étais le rameur sur ce bateau, j’étais le porte parole de tous les rameurs de ce navire, persuadés de mourir sous les coups de fouet.
Et soudain je compris. Je compris qu’il ne suffisait pas de chanter, ni même de bien chanter, il ne suffisait pas de croire, ni même de vouloir.
 
Il fallait avoir la peau noire, couleur d’ébène, ténébreuse, afin que l’esprit des anciens me supporte, m’aide, m’inspire. Il ne suffisait pas d’être amoureux d’une princesse africaine, qui régnait sur son pays et sur mon cœur, pour pouvoir exprimer tant l’espoir que la frustration, tant la douleur que l’amour. Je compris en finissant la chanson, seul dans cette église, que jamais, quel que soit mon talent, je ne pourrais faire ressentir à mon auditoire ce qui me poussait à crier, à décliner à l’infini mes craintes.
 
Le pasteur fut impressionné par ce que je fus capable de produire. Il me demanda plusieurs fois de revenir, de participer à sa chorale. Rien n’y fit…
 
Je vais souvent écouter les récitals de ces Gospels autour de Paris ou d’ailleurs, les églises, les cathédrales sont autant de témoins de ces chants lents, profonds…
 
Ecoutez une fois, non pas les voix, ni les paroles, mais le message qu’elles portent…
Je suis amoureux d’une beauté noire, mais pas autant de son corps, que de l’émotion quelle me donna la première fois qu’elle me chanta Sa chanson, qui est désormais devenue la mienne.
 
Un chanteur du Sud expliquait que « Armstrong je ne suis pas noirrrr, je suis blanc de peau, pour un chanteur de désespoirrrrrr quel manque de pot… », croyez moi si vous voulez, parfois je me sens à mon tour un peu esclave de ma peau… ce n’est que justice quelque part…

Publié dans Vrac...

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Lopes Alain 03/08/2013 14:05


Bonjour ! nous avons decouvert ma femme et moi votre groupe aux jeudi de Perpignan avec un plaisir immence, nous aimerions connaitre les dates de vos tournées dans notre département pour
pouvoir vous revoir avec un grand plaisir, d'avance merci et bravo encore!!!!!