Les Vins de Cahors

Publié le par Obiezian

Parti en vacances dans le Lot, dont la préfecture est Cahors, j’ai décidé de ramener de mes vacances une ou deux bouteilles de vin pour mes amis.
 
Alors première chose, vous qui serez peut-être intéressés par quelques jours de vacances dans ce beau département, achetez absolument un GPS, il vous sera utile à la seconde où vous quitterez l’autoroute.
Pour ma part, même après quatre ans de mariage, je ne m’étais jamais autant fait engueuler !
Le pire est que je me suis fait agonir par un petit outil électronique pas plus grand qu’un portefeuille (mais bien plus épais, surtout à la fin de l’été…)
 
Morceaux choisis :
« A 100 mètres, tournez à droite. Tournez à droite… Dans 200 mètres, faites demi-tour, faites demi tour… »
« Au rond point, prenez la 248ème sortie, tournez à gauche, à droite, à gauche, vous êtes arrivé, faites demi-tour »
 
J’ai même entendu la douce voix mélodieuse de ma copilote prendre une intonation un peu irritée par moment. Voici ce qu’elle me disait, et ce qu’elle devait penser…
« Tournez à gauche (trop tard…) faites demi-tour (mais quel con !) prenez la deuxième sortie (je suis sûre que ce crétin ne sait même pas compter jusqu’à 4, on va faire simple), vous êtes arrivé (fin du calvaire, et dire que ma sœur a été embauchée comme vibromasseur, elle au moins, n’est pas obligée de parler…)
 
Bref, une fois que vous avez quittez les grands axes, trois solutions s’offrent à vous…
-                      Vous arrêter devant le premier autochtone et lui demander conseil sur les caves à visiter : vous vous retrouverez immanquablement chez le beau-frère de l’autochtone en question qui tient une petite cave familiale perdue dans les montagnes et vous n’en sortirez que très éméché, après qu’il aura appris que c’est Gaston, qu’il n’a pas vu depuis six mois, qui vous a conseillé son établissement.
-                      Vous arrêter dans les grandes caves copératives dignes des meilleures hypersurfaces, là où il n’y a ni âme, ni véritable connaisseur, mais des petits jeunes sympas qui font un job d’été en vendant du vin sans saveur à des touristes pressés…
-                      Et enfin, la dernière méthode, faire toutes les petites routes et vous arrêter au feeling, devant une petite cave où il est forcément indiqué « Vins de Cahors, dégustation gratuite »
 
J’ai opté pour la troisième solution, toujours désireux d’utiliser mon GPS pour voir si la carte de la France profonde est bien à jour (au rond point, prenez la quatrième sortie : il n’y a que trois routes…).
 
Petite inspection rapide de la coopérative en question : parking ombragé, bâtiments neufs, couleurs pas tape à l’œil et surtout marqué en très gros « dégustation gratuite »… Va pour celle-là.
 
En entrant, tout un poème, le comptoir est fabriqué avec des futs coupés en deux, les bouteilles sont empilées au milieu de la salle et sur la droite, contre le mur, les « Grands vins » de la propriété jouxtent quelques grands crus millésimés de Cahors. Accueil chaleureux : « bonjour, vous cherchez du vin ? » « euh ben en fait non, ma femme est dans la voiture enceinte, elle va accoucher alors je voudrais faire changer mes pneus ». Et paf, premier bide, je glisse un sourire forcé et je confirme aussitôt que, oui, je suis venu chercher du vin…
 
« Vous voulez goûter ou vous avez déjà une petite idée »
« Non, pas d’idée, je voudrais déguster quelques vins pour me faire mon opinion »
et là, le visage du tenancier s’éclaire, son regard s’ouvre, sa bouche se fend sur un sourire carnassier, il se retourne et lance un tonitruant « Roberte (véridique, elle s’appelle Roberte), Roberte, sors deux verres, on a un client ». Le mot « client » sonnait plus comme le client de l’hôtel de psychose que comme le client de chez Leclerc… Un frisson me parcourt l’échine, mais courageusement, je reste stoïque et je m’approche du comptoir.
Léon, propriétaire de la cave en question a prestement contourné sa rangée de fûts, sur lesquels sont rivées deux plaques de verre épais, entre lesquelles sont savamment mises en évidences les différentes publicités et récompenses qu’ont obtenues les millésimes de la cave.
 
« Nous allons commencer par un petit 2003, c’était une bonne année vous verrez. » Le geste est joint à la parole et les deux verres ballons devant nous se trouvent remplis d’un vin épais, noir, mais dont s’élève une odeur très agréable. Le premier verre est, comme je le compris immédiatement, juste là pour faire connaissance, pour dresser un petit historique de la propriété et des vignes, pour briser la glace en quelque sorte.
Léon me ressert un verre, de la même bouteille et commence à me présenter les qualités et les défauts de ce premier échantillon. Rauque, fruité, sec, une multitude d’adjectifs ponctuent le discours de ce brave homme ; ah, il l’aime son vin. Le deuxième verre à peine fini, une deuxième bouteille apparaît, sur laquelle l’étiquette indique qu’il est de 2001 et qu’apparemment, vu la couleur du breuvage, il est tout aussi « rauque ». Meilleur que le premier, bien que moins fruité, son histoire est beaucoup plus intéressante, les petits enfants étaient venus pour la première fois participer aux vendanges, il a donc une valeur sentimentale certaine.
Soudain, un léger bruit sur ma gauche me fait sursauter. Roberte est apporte un plateau sur lequel trônent deux verres, une carafe d’eau et quelques amuse-gueule régionaux. Un regard discret à ma compagne qui vient de me rejoindre pour comprendre que je ne me trouve pas dans une cave, mais bel et bien dans un coupe-gorge, un guet-apens et que l’issue de la dégustation ne fait désormais plus aucun doute… Elle me sourit et s’empare des clés de la voiture que j’avais déposées sur le comptoir près de moi…
Vous seriez surpris de savoir combien de vins différents furent faits en 2001 ! après avoir vidé mon verre une bonne demi douzaine de fois, Léon décida de passer aux choses sérieuses… Nous allions attaquer les années 1997 à 2000… A l’énoncé de cette rapide visite des principales années, je fus rassuré, la fin était proche, je pourrais bientôt passer commande.
Le rire étouffé de mon amoureuse me fit tourner la tête vers elle et elle me gratifia d’un sourire assorti d’un clin d’œil amusé tout en me faisant signe de tête en direction du bout du comptoir en verre. En tournant la tête je vis arriver Roberte, que je n’avais même pas vu disparaître avec deux cartons de bouteille, qu’elle disposa soigneusement près de son mari par année et par cru… Une rapide estimation des forces en présence me fit comprendre que je ne sortirais de la cave qu’après avoir bu l’équivalent d’au moins deux bouteilles et demi de la précieuse boisson, ce qui me tira un petit sifflement qui n’échappa pas au vigneron : « chez nous, quand on goûte, on goûte… » (Il aurait dû dire : t’es venu pour goûter, tu vas déguster !)
Toutes les bouteilles furent goûtées, regoûtées pour certaines et après deux bonnes heures de discussion avec Léon, je pris la décision d’acheter trois bouteilles de 1998, une bouteille de 1999 (j’adorais l’étiquette) et une cuvée spéciale millésimée avec sa boite en bois de 1996.
Je me vis offrir deux bouteilles de deux litres sans étiquettes du cru 2006, cadeau en souvenir de mon sympathique passage chez eux…
Quelques minutes plus tard, dans la voiture, assis à la place passager, je lançais un violent « ta gueule » au GPS, qui voulait à nouveau nous faire prendre la sixième sortie d’un rond point qui n’en comptait que quatre…
Arrivés chez les parents de ma chère et tendre, je vis sur la table de la terrasse une foultitude de verres, d’assiettes et pots en tous genres. Ma chaise était prête et ce que je redoutais le plus arriva : « Vous êtes pile poil à l’heure pour l’apéro, allez asseyez vous, et toi, qu’est ce que tu bois ? Je te propose un petit vin de Cahors de 1998… »

Publié dans Vrac...

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Stéph 23/06/2011 14:51



J'aime pas j'adore ce récit. Keep going.



Obiezian 31/08/2011 00:43



je vais m'y remettre, promis



Fan de vin de Cahors 18/12/2008 09:57

Pour avoir fait aussi plusieurs visites dans le vignoble de Cahors, je confirme le côté très rustique et agréable de votre séjour. J'avais vvraiment l'impression de me retrouver en face du vigneron, un verre de vin à la main...

ssp 21/11/2007 10:48

Sympa ton site, bonne continuation, à très bientot+++SSP Trivago