Laissez moi à présent vous faire partager quelques textes…
Demain, dès l'aube…
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Ce siècle avait deux ans…
Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
Jeté comme de la graine au gré de l'air qui vole,
Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix;
Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n'avait même pas un lendemain à vivre,
C'est moi.
Victor Hugo – écrit le 3 septembre 1847 – Les Contemplations, 1856
(si vous regardez bien la date et la comparez à celle de la mort de sa fille [le 4 septembre 1843 -merci à toi qui m’a, pendant toutes ces années, permis d’apprendre autant-] , vous comprendrez le pourquoi du bouleversement que me procure ce poême)
Victor Hugo, Les Feuilles d'automne, 1831
Les premiers, vous les aurez reconnus, ne sont pas de moi, bien évidemment…
Lors de mes prochains posts, je vous ferai profiter de mes (très) pâles talents…

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